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Les yeux du monde

By Guillaume 'BaDGui' Passaglia
Jan 26, 2006 17:06


Comprendre la finalité d’une existence humaine
Comprendre la réalité trouble derrière le miroir
Comprendre le rire la dérision le délire
Comprendre tous les lieux de la vie
Comprendre les émissions de télé réalité
Comprendre ce qui ne pourra plus être compris
Comprendre maintenant ou jamais
Quelque part, sur terre, deux êtres observent… L'un à coté de l'autre, si proches mais si différents...
- « C’est quand même fascinant… Ils sont tout autour, ils regardent, rigolent, les flashes crépitent… Au loin, j’aperçois une superbe voiture ! J’aimerais vraiment avoir la même, ça doit être grisant de conduire ce type de véhicule à la belle étoile. Les cheveux au vent, une jolie fille a coté, une liasse de billet dans les poches… Mais il faut que j’arrête ces idées préconçues tout droit sorties d’un vieux film italien. La vie, c’est autre chose. Je suis tout de même aux premières loges pour y assister ! »
- « Hé ! Que cet enfant est drôle avec son petit nez ! Il me tend la main, que c’est mignon ! Allez hop, un petit déhanché suivi de mon spécial : un sourire ravageur qui laisse mes dents blanches éclairer mon visage noirci. Je le savais, il rigole ! Ca marche à tous les coups ! Maintenant on prend la pose et on regarde le résultat de mon petit numéro…
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Nice, un 16 août parmis tant d'autre.
Fabien, 10 ans. Un petit bout de chou parti en vacances avec ses parents comme des milliers d’enfants dans le monde durant les grandes vacances d’été. Aujourd’hui, il fait la tête. Son père n’a pas tenu parole et ne l’a pas mené faire un tour de manège sur la place du marché. Il l’avait dit hier mais comme toujours ça commence par « je te le promets mon chérie… » pour finir avec « … que l’on ira bientôt » lorsque l’heure d’y aller approche. Bien entendu, Fabien tombe tout le temps dans le panneau. Pour se venger il n’avait pas besoin de recourir à des stratagèmes très élaborés. Il suffit de montrer à son père que, même si il n’est pas très fort à l’école, il est très doué pour exprimer son mécontentement.
- Non je veux pas y aller ! Grommelle Fabien en allant se cramponner aux jambes de sa mère. Non Non Non ! Maman !
- Allez Fabien on va se promener en ville, il fait beau ce soir, je t’achèterais une glace.
Son père l’a trompé hier, il ne va pas se laisser faire par sa mère une nouvelle fois. Seulement, elle a un atout de taille : sa voix douce et langoureuse qui l’a bercé mainte fois avant de s’endormir. C’est avec une facilité déconcertante et 10 ans de métier de mère derrière elle qu’elle s’impose sur son fils au moyen d’une tactique de persuasion particulièrement bien rodée. Les cris cessent, le jeune garçon s’avoue vaincu, du moins pour quelques minutes.
La famille Duriez se prépare sortir. Ils ont loué un appartement dans le centre de Nice, avec vue sur la place Masséna et ses magnifiques fontaines pour une semaine. Ils ont économisé durant de nombreux mois pour se payer ces vacances. Marc Duriez travaille comme ouvrier dans une usine d’acier. Il est passé maître dans l’art d’assembler des morceaux de tôle. Son quotidien, souder, souder et à l’occasion… découper pour ensuite ressouder. Muriel Duriez est secrétaire dans un cabinet médical. Elle est malheureusement tombée sur un charlatan qui profite de la crédulité et du désespoir des gens pour se remplir les poches. Le bon coté est qu’il la paie bien et n’a jamais essayé de la toucher. Elle estime que c’est une chance et qu’elle n’a donc pas à se plaindre.
Leur plus grande fortune, à défaut d’argent, est leur unique fils Fabien qu’ils ont conçu il y a un peu plus de 10 ans, juste après leur mariage. C’est un petit garçon bien en chair, assez introverti et tourmenté à cause de l’école. Ha ! Les camarades de classe… des démons qui lui rendent la vie impossible rien de plus. Ses bourrelets étaient la première cible suivie par ses mauvaises notes et enfin sa facilité pour parler aux filles. Il trouve d’ailleurs beaucoup plus intéressant les discours sur les scoubidous que les « traptrap » où de toute façon, il perd tout le temps. En plus, il peut approcher Eléonore et discuter toute la journée avec elle loin des autres brutes épaisses qui étaient, de toute façon, tous jaloux.
A Nice, la lune rayonne au milieu des étoiles, magnifique, majestueuse. Une légère brume, à peine visible, fait ressortir un halo de lumière qui dessine son contour et maquille le ciel. Les étoiles filantes apportent la dernière touche de mouvement pour un rendu du plus bel effet.
Marc a pris les devants, une cigarette a la bouche. Sa silhouette déjà entamée par les années de labeur se déhanche sur le trottoir. Il est avachi, son dos le fait terriblement souffrir mais son travail lui a permis de former sa musculature et de l’exhiber sous un tee-shirt à manche courte offert par sa femme pour son anniversaire. Derrière, Muriel continue les négociations acharnées avec son fils qui traîne encore les pieds. Dans le rôle du syndicat, Fabien qui en demande toujours plus et qui n’est jamais satisfait de ce qu’il a. En face, le patronat tente de maintenir la pression pour garder un semblant de pouvoir.
- Fabien, tu ne penses pas que tu as déjà assez de chance comme ça et que tu en demandes un peu trop ?
Maman ne se rend pas compte que passer 2 semaines avec ses parents, les supporter 24 heures sur 24 et tout ça loin d’Eléonore représente le plus terrible de tous les supplices. Il met donc un point d’honneur à ce que cette torture soit partagée par ses parents en prenant la place du bourreau videur de portefeuille.
- Maman, j’te promets d’être gentil si on achète demain un jeu pour ma console. Et puis j’ai faim. Tu m’avais pas parlé d’une glace ? Hein ?
Tel un condamné à mort, son regard de chien battu croise celui de sa mère qui se résigne à accepter. Cette décision sonne la fin définitive des négociations. Un petit sourire vainqueur s’esquisse sur le visage de Fabien qu’il s’empresse de dissimuler pour laisser à l’autorité parentale le doux parfum de la victoire.
- Aller vient chérie, on rattrape papa ! S’exclame Muriel pensant avoir gagné.
Ils se mettent tous les deux à courir. Malgré ses sollicitations perpétuelles, Fabien adore sa mère, même Eléonore ne lui arrivent pas à la cheville. Alors qu’il la regarde commencer à courir ornée de sa robe d’été flottant au milieu des passants, Fabien divague quelques secondes. Ses parents, sa vie, le monde qui l’entoure, une entité si simple lorsqu’on vie mais si complexe lorsque l’on s’interroge sur son fonctionnement. 10 ans, pourquoi se poser ce genre de question ? D’autre personne devaient être là pour y réfléchir à sa place. 10 ans mais une lucidité et une imagination débordante… Fabien secoue la tête comme pour tenter de revenir plus vite à la réalité et lance sa course en direction de sa mère, déjà bien loin.
Toujour à l'affut, les deux êtres continues leur pérégrinations....
- « Ces deux personne me paraissent bien intéressantes… Un homme d’affaire venu passer les vacances avec sa maîtresse 10 ans plus jeune que lui. Facile à deviner, il lui regarde tout le temps la poitrine comme si il n’avait jamais vu une femme de sa vie. Elle, n’a que faire de son attitude tant qu’il consent à lui accorder toutes ses extravagances. Et ici, un couple qui cherche à se reconstruire grâce à un week-end en amoureux. Apparemment ça n’a pas l’air de bien fonctionner. Leur regard ne se croise plus, les discussions se résument à quelques mots, l’attirance physique a presque disparu. »
- « Hé bien, ce type va bien s’amuser ce soir vu comment il matte les seins de sa femme ! Tient d’ailleurs ils s’en vont, elle devait sans doute en avoir terriblement envie. Un petit tour par la, et que vois-je ? Un couple tellement gêné qu’il n’ose même pas se parler ni se regarder. Ca doit être leur premier rendez-vous, dans quelques heures et après quelques verres tout devrait aller beaucoup mieux.»
Le soir, les rues de vieux Nice prennent vie. Des centaines de personne s’y retrouvent pour passer une soirée entre amis ou toucher de plus près l’ambiance sélect’ des soirées azuréennes. Les restaurants sont bondés, la plage s’illumine pour la seconde fois de la journée sous les lumières des projecteurs qui ravivent le bleu turquoise de l’océan.
Et soudain…
- « Leopold, mais franchement… t’en as pas marre d’imiter le rosier mal taillé avec ta fleur entre les doigts ? Jouer le monarque de bas étage te procure-t-il un plaisir immense ? Sourit, Amuse toi, lâche toi, profite de ce plaisir unique que t’offre la vie et arrête de ne penser qu’au boulot »
- « Tim, mon cher Tim. Que trouves-tu d’amusant dans le fait de passer pour un pur imbécile? Moi au moins j’ai le temps d’observer ce qui est, je te le rappelle, la principale cause de notre présence ici. Maintenant tait toi et laisse moi me concentrer j’ai une théorie a finir moi ! D’ailleurs retournons-y »
…Au détour d’un coin de rue, un attroupement bouche presque la rue. Fabien et sa mère s’arrêtent de courir devant cette marée humaine et rejoignent Marc qui a déjà commencé à jouer du coude pour se frayer un chemin à travers la foule. Après une seconde d’hésitation, Fabien s’engouffre lui aussi dans la bataille.
Pourquoi fait-il cela ?
La curiosité sans doute.
Quelle est cette force qui le pousse soudainement vers l’avant ?
La nature humaine sans aucun doute.
Au fur et à mesure qu’il s’avance, le nombre de fesses devant lui devient de plus en plus important. Les bras devant lui, il pousse et écarte les obstacles pour arriver enfin à apercevoir le bout du tunnel humain.
Une lumière scintille au milieu de l’entrejambe d’une personne placée apparemment devant la « chose », objet de tous les regards. Il avance encore, la lumière augmente, Fabien ne la lâche plus des yeux, il n’a qu’elle en tête. Sans s’en rendre compte, il passe à coté de son père, assez grand pour voir cette « chose ».
Au bout de sa course et ne sentant plus rien devant lui, Fabien ouvre les yeux.
Enfin, il y est arrivé.
La respiration haletante, il lève la tête.
Maintenant aux pieds d’elle, la petite lumière est devenue assez puissante pour l’éblouir. Il se frotte les yeux avant qu’il ne puisse enfin distinguer les traits de la « chose ».
Deux bras, deux jambes, une position de bipède parfaitement formé, la chose n’en est pas une. Il s’agit en fait d’un homme au costume surprenant qui reflète la lumière sous les rayons d’un projecteur bancale.
Une fois rassuré, Fabien se calme et se met à défigurer notre chose maintenant rebaptisée.
Cet homme est installé sur un gros cube de bois pour pouvoir être vu par toute la foule. Il est habillé d’une reproduction d’un costume d’époque de monarque qu’il a teint avec une bombe de peinture couleur or. Une perruque surplombe sa tête lui donnant un air d’homme particulièrement important. Enfin, la touche finale, il tient une rose jaune dorée qu’il fait tournoyer entres ses doigts pour tenter d’amadouer la gente féminine qui l’admire.
L’ensemble brille de mille feux mais n’impressionne pas longtemps Fabien.
Soudain, l’homme s’arrête brusquement et devint aussi immobile qu’une statue de marbre. Tout autour de lui, la foule se met à applaudir et dans un chapeau placé au pied du cube de bois, les premières pièces résonnent pour l’aider à continuer son spectacle.
- « Haha, je vois que je suis toujours autant apprécié ! Ce petit jeu m’amuse mais il faut dire que c’est un bon aimant pour attirer les passants. Par contre pour Tim, je crois que la soirée ne lui sera guère bénéfique vu le nombre de gens daignant lui accorder de l’attention. »
- « Léopold a la côte ce soir, les quelques personnes qui m’ont applaudis tout à l’heure ont préféré s’en aller. Mais je ne me déclare pas battu, c’est un très bon exercice surtout que je n’ai donc pas besoin de centaine de personne pour arriver au but que je me suis fixé ce soir »
Toute la famille finie par se retrouver et admire quelque minute la suite de son numéro :
- Tu vois mon chéri, dit Muriel, cet homme est un automate. Son but est de retranscrire la gestuelle d’un robot. Avec ses mouvements lents et saccadés, chacun de ses gestes prend toute son importance. Il s’arrête lorsque aucune pièce ne lui est donnée.
- Ho oui regarde ! Il bouge plus ! Maman donne moi de l’argent pour le voir encore bouger. S’exclame Fabien en tapant du pied.
Muriel lui donne une pièce de 50 centimes d’euro et Fabien s’en empare aussitôt. Il se met à courir dans la direction de l’automate pour y jeter d’un air vengeur son trophée dans le fond du chapeau posé par terre.
L’homme automate ne le lâche alors plus des yeux. Enregistrant chacun de ses faits et gestes, il continue son numéro. Avant de détacher son regard du petit garçon, il esquisse un sourire puis ses yeux balayent la foule s’arrêtant quelques minutes sur chacune des personnes présentes qui lui paraissent les plus « intéressantes ». Couple, vieillard, simple curieux, boulanger ou homme d’affaire, il ne n’en oublie aucun cherchant à deviner pourquoi cette personne est venue jusque ici, ce qui la motive à rester, analysant ses réactions en fonction de ses différentes expressions.
Pourquoi devrait-il se cacher pour observer ? Qui pouvait se douter que derrière ces costumes se cachent entres 10 et 30 milliards de neurone décryptant tout leurs faits et gestes jusqu’à deviner leurs pensées.
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6h30 du matin le soleil se lève sur Nice. Les seules traces encore visibles de la fête sont pansées par une horde d’homme en bleu arpentant les ruelles au volant de camions bennes.
Pourtant, sur les hauteurs de la ville, deux cerveaux s’affèrent. Situé au dernier étage d’un petit immeuble chic, une lumière fait concurrence aux premières lueurs du jour derrière un rideau de soie rouge.
A l’intérieur, une seule pièce où tout y est disposé de manière symétrique. La porte est au nord, la fenêtre au sud. A l’Est, un bureau, une table, une lampe de chevet et un petit coffre. La même chose se trouve à l’Ouest avec pour seule différence, un objet différent déposé sur le coffre : pour l’un une rose et pour l’autre une perruque noirci par la suie.
Au centre de la pièce, comme pour désigner le point de symétrie de celle ci, le lien entre les deux cerveaux, la frontière entre les 2 pensées, un cube métallique chromé s’impose. Dernier élément de décoration, deux câbles courent sur le sol partant chacun d’un ordinateur portable et connectés à l’étrange objet anguleux.
Situé de part et d’autre de la pièce, chacun sur son ordinateur portable, les deux hommes laissent glisser leurs mains sur le clavier et enchaînent les lignes. Plongés dans une concentration extrême, tout est fait pour ne pas altérer leur réflexion : des murs épais pour éviter les bruits parasites, une pièce ou chacun des deux dispose d’un environnement visuel identique, une communication limitée au strict minimum. Au bout d’un moment, l’un des deux se décide finalement à engager la conversation :
- J’ai les doigts qui commencent à s’engourdir Léopold. Le travail à fournir est vraiment incroyable. Hier j’ai encore trouvé des enfants particulièrement intéressants et qui m’ont aidé à compléter certaines zones d’ombre dans mes programmes.
Jamais nous n’aurions du accepter ce défis de la communauté scientifique… Créer une machine capable de réagir, de penser, de ressentir le MOI. Même si nous vivions 500 ans, je pense que la tâche est trop difficile à accomplir. Pourtant c’est plus qu’intéressant, j’ai l’impression d’en avoir appris beaucoup plus en 2 mois que travail qu’en 10 ans dans mon cabinet de psychothérapie.
- Je crois que tu as raison, le soleil commence à se lever, il est temps d’en finir. Notre programme avance et le calculateur engrange un nombre incalculable de données chaque jour mais est-ce que ça suffira ? Je me suis cassé la tête à lui transmettre ce que nous avons réuni sur la motivation cette nuit, nous allons pouvoir procéder aux tests.
Minutieusement, Léopold s’approche de la fameuse machine. Il soulève un couvercle cachant un pavé numérique sur lequel il s’empresse de taper un code. Une fois fini, la boite s’ouvre et exhibe son intimité. Les deux hommes s’installent et Leopold dégage un clavier miniaturisé ainsi qu’un petit écran de contrôles placés au milieu des circuits ultra sophistiqués. Il commence à converser avec la machine…
Bonjour Pandore
Bonjour messieurs, que puis-je faire pour vous aujourd’hui ?
Nous allons reprendre ou nous en étions hier si tu le permets.
Bien entendu, je charge mon historique…
Parfait. Je te rappelle juste comme à notre habitude pourquoi tu as été conçu. Avant ce défi, tu n’existais pas. Aucun concept scientifique ou logique n’a pu nous aider à te créer. Nous sommes donc partie de la base la plus noble qui soit, là ou tout à commencer : le rien. De la, nous avons échafauder ton premier circuit ou « atome ». Nous les avons multiplié, amélioré, rassemblé pour arriver à un élément cohérent et autonome : ta première cellule, le cœur de ton système. Là, il a fallut t’apprendre la coopération. Une cellule c’est limité mais des milliers, le potentiel est alors démultiplié. Organe après organe, module après module, nous t’avons pensé comme celui à qui tu devras ressembler : un humain. Comment ressens-tu les données que nous t’avons entré ce soir ?
Le mot récurant de vos nouveaux programmes est ce que vous appelez la « motivation ». Dans mes dictionnaires, il est expliqué qu’être motivé c’est tout mètre en œuvre pour atteindre un but. La motivation varie selon les individus et les situations auxquelles ils sont confrontés. Vous m’avez appris l’efficacité, j’utilise donc toutes mes ressources pour la moindre tache que vous me demandez. Pourquoi devrai-je être motivé puisque quoiqu’il arrive, je ne pourrais jamais aller au delà de ma puissance de calcul maximale ?
Que ferais-tu si je te coupe définitivement le courant dans le cas ou tu ne résoudrais pas un problème ?
Je serais dans un état que vous appelez « mort ». Mes données seraient perdues et tout ce que vous aurez tenté de construire serait réduit à néant.
- Tu vois Tim, la mort, cette idée qui nous poursuit toute notre vie, qui régit nos peurs, nos rêves, nos religions, nos faits et gestes… Et bien cette foutu machine ne se préoccupe que des conséquences directes sur notre travail si elle n’est plus la. Elle – ou je devrais dire plutôt cette chose - n’arrive pas à s’apercevoir qu’elle existe et qu’à tout moment elle peut disparaître. Nous devons en être à un niveau de conscience d’un enfant de moins d’un an. C’est vraiment pathétique. Il est tard, allons dormir. Nous continuerons les tests demain matin.
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Une demi heure plus tard, quelques pâtés de maison plus loin... Le mécanisme de déclenchement automatique de l’engin de torture matinal se met en marche. L’onde traverse la pièce et vient heurter par mégarde le cartilage de oreille externe de Muriel. S’engouffrant plus profondément, l’onde comprise entre 1000 et 4000 Hz frappe le tympan pour faire vibrer les osselets. Le signal est transmis aux cellules de corti pour faire comprendre au cerveau qu’un son anormal a été perçu. C’est à ce moment la qu’un oeil s’ouvre… Se referme... S’ouvre de nouveau... Reste ouvert, la victoire contre le sommeil est proche.
Les yeux à demi ouverts, Muriel se penche sur la table de nuit et arrête la sonnerie de réveil de son téléphone portable. Bip, bip, silence, la chambre redevient calme. A coté d’elle, son mari a lui aussi compris le message. Chacun y va de son petit étirement et bâillement. Les idées encore dans le vague, Muriel allume la lumière, enfile ses petites mules roses spécialement achetées pour le séjour et va réveiller Fabien dans la chambre voisine.
- Debout mon chéri, dit-elle en ouvrant les volets de la chambre. Une belle journée s’annonce !
Fabien, bien qu’ayant parfaitement compris et assimilé le message répond par le grognement le plus primitif dont il est capable et se tourne, dos au premier rayons du soleil s’engouffrant entres les rideaux de la chambre. Voyant que sa première tentative a lamentablement échoué, Muriel change de stratégie et se penche sur le lit pour embrasser son fils en lui chuchotant le programme de la journée : Plage, repos au soleil et jeux divers au bord de l’eau. L’effet est immédiat. L’enfant se précipite hors de ses draps et court à la fenêtre prendre un bol d’air avant de passer à table pour le petit déjeuner.
Le café, les tartines et le chocolat ont raison des derniers signes de fatigue des trois membres de la famille. Les premières conversations de la journée peuvent commencer…
- Je me suis super bien amusé hier soir ! Dit Fabien en avalant goulûment sa tartine de pain beurrée.
- Il a fallu tout de même te tirer pour t’amener en ville… Tu pourrais quand même faire un effort la prochaine fois !
- Laisse le tranquille, rétorque Marc. C’est les vacances, tu ne vas pas commencer à nous stresser de bon matin. Pense plutôt à la journée qui nous attend.
Sans faire réellement attention aux propos de ses parents, Fabien continue dans sa lancée :
- J’ai surtout trop aimé l’automate, il avait l’air si vrai ! J’espère qu’on pourra retourner le voir, surtout que yen avait un autre a coté qu’on a pas vu.
Le reste de la journée se passe le plus merveilleusement du monde. Surprenant pour un petit habituellement très introverti mais à cet âge, on oublie facilement les contrariétés de la vie pour se focaliser sur les moments présents.
Fabien commence à gratter le sol muni d’un outillage de dernière génération fourni par ses parents. Il a en sa possession toute la panoplie du parfait édificateur de château : pelle, râteau, seau ainsi que toute la matière première nécessaire : du sable à perte de vue.
Après avoir établi son plan de construction dans sa tête et analyser les contraintes que lui impose le sol légèrement pentu, il se met au travail. Rapidement, des enfants restés seul dans leur coin décident d’apporter leur soutient à cette entreprise qui s’annonce prometteuse. Après les diverses formalités de présentation qui s’imposent pour mieux se connaître, une organisation se met en place. Fabien prend la tête des opérations avec son titre de chef de projet. Ses deux nouveaux comparses se sont rapidement spécialisés pour justifier leur investissement : un spécialiste qui n’a pas son pareil sur toute la plage pour la construction de tours et un autre pour édifier des fortifications.
Les enfants comprirent rapidement qu’en unissant leur force de manière organisée, leur capacité de travail en serait décuplée.
Quelques heures plus tard, leur tâche est accomplie. Les trois comparses contemplent leur œuvre et sont fiers de l’édifice qu’ils ont construit. A chaque âge ses fiertés en tout cas, ils n’ont pas perdu leur journée. Une dernière photo pour immortaliser la construction éphémère et les voila déjà dispersés au moment où il est l’heure de quitter la plage, comme si il ne s’était rien passé.
Le soir, Fabien Muriel et Marc se retrouvent tous les trois en ville pour profiter une nouvelle fois du spectacle offert par les automates. Malheureusement, ils ne trouvent qu’une place vide, triste et sans vie. La joie et l’émerveillement d’hier laissent place à la déception mais qu’importe, ils auront l’occasion de découvrir plus qu’ils ne le croient dans leur vie rien qu’en apportant une petite attention au monde qui les entoure. Leurs expériences et à l’importance qu’ils accordent à chacune d’elles fera le reste.
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L’appartement aux rideaux rouges a lui aussi été vidé, plus aucune trace de ses locataires, du moins en apparence. Dans le fond de la pièce, à peine caché derrière un carton, le cube qui était leur raison de vivre est maintenant débranché. La machine encore chaude laisse évacuer ses derniers souffles sous la forme d’effluves plastifiés. Au dessus y est déposé un mot rapidement griffonné…
« De tous les défis tentés, très peu ont été accomplis mais chaque essai est un pas franchis vers une possible réussite. En ce qui nous concerne, n’ont n’avons fait qu’un pas.
Tout le contenu de notre projet et les notes qui l’accompagne se trouvent dans ce cube de 80 centimètres de coté. La totalité est libre d’être utilisé à qui se sent capable de continuer cette entreprise et ainsi percer le mystère de la nature humaine.
Nos derniers tests montrent que notre machine ne réagit jamais comme nous l’espérons face aux différentes situations que nous lui soumettons. Il se comporte comme un simple programme aléatoire échappant à tout résonnement logique, et son niveau de conscience est proche du néant. Nous avons voulu créer une machine d’un nouveau genre que nous avons calqué sur l’objet que nous devons copier : l’humain. Peut-être est ce notre erreur.
Nous vous laissons en tirer les conclusions qui s’imposent. »
Tim et Leopold
A suivre...

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